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Lifestyle & Bien-être 21 min min de lecture

Résolutions alimentaires : pourquoi 80 % échouent

Par Rédaction Süvy

Sommaire


Introduction

Le 1er janvier 2027, des millions de Français ont pris une résolution alimentaire. Moins de sucre, plus de légumes, stop au grignotage, Dry January, reprise d'une routine « clean ». Le 15 février, environ huit sur dix auront abandonné. Ce n'est pas une faille de volonté. C'est un mécanisme documenté depuis vingt-cinq ans par les psychologues Janet Polivy et C. Peter Herman (Université de Toronto), qui l'ont baptisé false hope syndrome — le syndrome du faux espoir.

Les résolutions alimentaires sont des engagements pris à une date symbolique, généralement le Nouvel An, visant à modifier durablement un comportement alimentaire. Leur taux d'échec massif tient moins aux aliments concernés qu'à la façon dont la résolution est formulée, à l'écart entre l'effort exigé et le plaisir attendu, et à un mécanisme de contre-régulation biologique qui pénalise toute privation mal construite. Bonne nouvelle : chacun de ces ressorts se corrige.

Cet article ne vous donnera pas une liste d'aliments magiques. Il vous donnera la mécanique de l'échec — et, plus utile, les leviers qui fonctionnent quand on les actionne dans le bon ordre.

En bref

Selon les travaux de Polivy et Herman publiés dans le Journal of Clinical Psychology (2002), les individus reformulent en moyenne dix fois la même résolution au cours de leur vie, avec à chaque fois une illusion de changement facile et rapide. Côté terrain français, la campagne Dry January — Défi de janvier — affiche l'un des rares taux de tenue remarquables : selon l'étude JANOVER relayée par la Fédération Addiction, 58 % des participants boivent encore moins huit mois après le défi. La différence n'est pas la volonté des participants. C'est la structure du dispositif : objectif binaire clair, durée bornée, communauté, substitution plutôt que privation pure. Quatre ingrédients reproductibles.


Résolutions alimentaires : ce que disent vraiment les chiffres

80 %, d'où vient ce chiffre ?

Les études sur le suivi des résolutions du Nouvel An convergent vers un ordre de grandeur stable : environ 80 % des résolutions sont abandonnées avant la mi-février. Les travaux du psychologue américain John Norcross, publiés dans le Journal of Clinical Psychology, montrent que 23 % des résolutions tombent dès la première semaine, près de la moitié avant un mois, et que seulement 19 % tiennent deux ans. Parmi les résolutions prises, les trois premières en France restent invariablement : mieux manger, bouger davantage, réduire l'alcool.

Ces chiffres ne décrivent pas une population paresseuse. Ils décrivent un format défaillant.

Ce qui distingue une résolution qui tient d'une résolution qui casse

Les méta-analyses sur le changement comportemental identifient un petit nombre de variables prédictives. Elles sont contre-intuitives.

Variable Résolution qui casse Résolution qui tient
Date de départ Symbolique (1er janvier) Début d'une vraie fenêtre (rentrée, déménagement, changement de poste)
Formulation Négative (« arrêter X ») Positive (« faire X »)
Horizon « À vie » Bornée (30, 90 jours) puis réévaluation
Mesure Subjective (« je me sens mieux ») Mesurable (grammes de sucre par jour, verres par semaine)
Substitution Absente (on soustrait) Présente (on remplace)
Plaisir préservé Non, logique de pénitence Oui, zones de plaisir délimitées
Communauté Solitaire Partagée, relayée
Plan B Aucun en cas d'écart Protocole de reprise après rechute

Aucune de ces variables n'exige de volonté supplémentaire. Elles exigent une conception.


Le syndrome du faux espoir, ou pourquoi le 1er janvier est un piège

Ce qu'ont observé Polivy et Herman

Les psychologues canadiens Janet Polivy et C. Peter Herman ont étudié pendant plus de deux décennies la dynamique psychologique des résolutions. Leur conclusion, publiée dans Current Directions in Psychological Science (2000) puis American Psychologist (2002), a le mérite de la brutalité.

« La décision de changer apporte un bénéfice psychologique immédiat — amélioration de l'humeur, sentiment de contrôle, projection positive de soi — indépendamment de toute mise en œuvre réelle. Ce bénéfice précoce est si gratifiant qu'il encourage la prise répétée de résolutions, même lorsque les tentatives précédentes ont échoué. » — Polivy & Herman, 2002.

Le faux espoir fonctionne par quatre illusions simultanées. Les personnes qui prennent une résolution ambitieuse surestiment l'amplitude du changement possible, la vitesse à laquelle il va se produire, la facilité de sa mise en œuvre, et les bénéfices en bout de course. Quatre distorsions cognitives qui s'additionnent au moment précis où la motivation est la plus haute — et qui garantissent la chute quelques semaines plus tard, quand la réalité cogne.

Pourquoi cela fait mal

La même étude montre que les échecs répétés ne neutralisent pas le faux espoir, ils l'alimentent. À chaque nouvelle tentative, la personne se convainc que « cette fois, ce sera différent ». L'estime de soi, elle, s'érode. Chaque rechute est intériorisée comme un défaut personnel (« je n'ai pas assez de volonté »), alors qu'elle est statistiquement la norme du format lui-même.

C'est exactement ce que décrit notre manifeste pour le plaisir alimentaire : le ressort des régimes n'est pas la volonté des individus, c'est la structure du dispositif. Et cette structure est pensée pour craquer.

Le 1er janvier, une date particulièrement mauvaise

Prendre une résolution alimentaire entre le 31 décembre à 23 h 45 et le 1er janvier à 00 h 30 cumule à peu près tous les défauts. Contexte festif saturé, apports de la veille dérégulés, sommeil dégradé, impression de rupture nécessaire, effet de groupe, absence totale de préparation concrète. La résolution est prise sur le registre de l'auto-punition (« après cette soirée, il faut que je… »), ce qui est exactement le moteur le moins durable qui existe.

Les dates qui fonctionnent mieux — documentées par les économistes comportementaux Hengchen Dai, Katherine Milkman et Jason Riis dans leur concept de fresh start effect — sont celles qui marquent une transition réelle : un anniversaire, une rentrée, un déménagement, un changement de travail. Le 1er janvier fonctionne uniquement pour les personnes qui l'ont préparé dès la mi-décembre avec un plan concret.


Les quatre mécanismes psychologiques qui font dérailler une résolution

1. La restriction cognitive et son effet rebond

La restriction cognitive, théorisée en France par les travaux du G.R.O.S. (Groupe de Réflexion sur l'Obésité et le Surpoids), désigne l'ensemble des règles mentales qu'une personne s'impose pour contrôler son alimentation, indépendamment de ses signaux internes de faim et de satiété. « Plus de sucre. » « Plus d'alcool. » « Plus de pain le soir. »

Le corps répond à ces règles par un mécanisme de contre-régulation : plus une catégorie d'aliments est interdite mentalement, plus elle devient désirable. Une revue publiée dans Frontiers in Nutrition (2020) rappelle que les mangeurs sous restriction présentent des épisodes de perte de contrôle alimentaire plus fréquents que les non-restreints, précisément dans les moments de stress ou de fatigue. Ce n'est pas une faiblesse. C'est une régulation biologique.

2. L'effet « what-the-hell »

Janet Polivy a décrit un corollaire bien connu des cliniciens : le what-the-hell effect, littéralement « effet du tant pis ». Après un écart — un biscuit au goûter, un verre de trop — la personne bascule dans une logique binaire : « puisque j'ai cassé ma résolution, autant finir le paquet ». La perte de contrôle ne vient pas de l'aliment lui-même, elle vient de la règle mentale qui vient d'être brisée.

Autrement dit, ce qui fait grossir, ce n'est pas le biscuit. C'est la réaction au biscuit.

3. Les objectifs trop abstraits

« Manger mieux », « faire plus attention », « arrêter les cochonneries ». Ces formulations sont des vœux, pas des objectifs. Elles ne répondent à aucune des conditions d'un objectif opérationnel : pas de critère de mesure, pas d'échéance, pas de plan d'action, pas de signal de réussite. Le cerveau ne sait pas quoi en faire, et l'environnement — frigo, cantine, placards, applications de livraison — n'a jamais été configuré pour les soutenir.

Les objectifs SMART (Spécifique, Mesurable, Atteignable, Réaliste, Temporel) ne sont pas un gadget de coach. Ils sont le minimum syndical d'un objectif qui puisse seulement démarrer.

4. La pensée « tout ou rien »

Ce biais cognitif, bien identifié en thérapie cognitivo-comportementale, transforme une résolution en piège binaire. On est « à 100 % dans le programme » ou « complètement en dehors ». Un repas de famille un peu copieux fait basculer dans la seconde catégorie, puis la reprise est repoussée au lundi, puis au mois suivant, puis à l'année suivante. Chaque écart devient une fin de programme, alors qu'il devrait n'être qu'un écart.

La pensée graduelle — « aujourd'hui j'ai mangé 35 g de sucre, hier 18, la moyenne de la semaine est acceptable » — est la seule qui résiste à la vie réelle.


Substitution ou privation : le vrai levier comportemental

Pourquoi la privation pure est biologiquement perdante

Retirer un comportement sans le remplacer laisse un vide. Le cerveau, machine à combler les vides, remplit ce vide par ce qu'il connaît le mieux : l'ancien comportement, souvent avec un peu de marge en prime (effet rebond). Toute la littérature sur le changement d'habitude — de Charles Duhigg à BJ Fogg — converge sur ce point : on ne supprime pas une habitude, on la remplace.

Une boucle d'habitude, selon le modèle de Duhigg repris par James Clear, se compose de trois éléments : un déclencheur (ex. : 16 h, baisse d'énergie), une routine (ex. : biscuit industriel) et une récompense (ex. : pic dopaminergique + pause cognitive). Pour casser la routine, il faut conserver le déclencheur et la récompense, et injecter une autre routine compatible. Un fruit + une poignée d'amandes + cinq minutes de marche procure la même récompense (pause + énergie), sans l'impact glycémique.

Cinq substitutions qui tiennent

Ce que vous voulez réduire Substitution qui fonctionne Pourquoi
Soda du déjeuner Eau pétillante + citron + menthe Même fraîcheur, mêmes bulles, zéro sucre
Biscuit de 16 h Carré chocolat noir 85 % + amandes Même pause, récompense préservée, glycémie stable
Sucre dans le café Alternative 1:1 type Süvy ou stévia Goût sucré maintenu, pas de pic glycémique
Verre d'alcool du soir Infusion chaude + rituel conservé Le rituel compte plus que la boisson
Dessert industriel du soir Dessert maison avec substitut de sucre Plaisir du sucré intact, apports divisés

Chaque substitution préserve la récompense. Aucune ne demande d'héroïsme. C'est précisément pour cela qu'elles tiennent.

Le cas Dry January, preuve par l'exemple

Le Dry January — ou Défi de janvier en France — est, selon la Fédération Addiction et l'Inserm, la campagne de santé publique la plus efficace pour modifier durablement le rapport à l'alcool. L'étude JANOVER 2024 a montré que 58 % des participants déclaraient boire moins huit mois après le défi. La campagne 2026 a réuni près d'un quart des Français comme participants ou intéressés, selon les chiffres relayés par la Fédération Addiction.

Pourquoi ça marche, alors que la plupart des résolutions échouent ? Parce que le dispositif coche quatre cases simultanément : objectif binaire clair (zéro alcool, pas « moins d'alcool »), durée bornée (31 jours, pas « à vie »), communauté (campagne publique, groupes de soutien, applications), et surtout substitution intégrée (cocktails sans alcool, bières 0,0, rituels préservés). La privation est encadrée par une infrastructure. Ce n'est pas un effort solitaire contre soi-même.


Le modèle transthéorique de Prochaska, la carte que personne ne lit

Les six stades du changement

Les psychologues James Prochaska et Carlo DiClemente ont décrit dès 1983 un modèle du changement comportemental devenu standard en santé publique : le modèle transthéorique (ou stages of change). Il postule que le changement n'est pas binaire (« je décide puis je fais ») mais progressif, en six étapes.

Stade Ce qui s'y passe Durée typique
Précontemplation La personne ne voit pas de problème, n'envisage aucun changement Indéfinie
Contemplation Elle reconnaît un problème, envisage de changer dans les 6 mois 1 à 6 mois
Préparation Elle planifie concrètement, teste, s'équipe 2 à 4 semaines
Action Elle met en œuvre le nouveau comportement 1 à 6 mois
Maintien Le comportement est intégré, la rechute reste possible 6 mois à plusieurs années
Rechute (non terminale) Retour à un stade antérieur, sans échec définitif Variable

Ce modèle a deux implications majeures pour les résolutions alimentaires.

Première implication : la plupart des résolutions sautent la phase de préparation

Prendre une résolution à minuit le 31 décembre revient à passer directement de la contemplation (« il faudrait que je… ») à l'action, sans phase intermédiaire. Or la préparation est l'étape où se jouent l'équipement (listes de courses réaménagées, produits substitutifs disponibles, environnement modifié), l'anticipation des obstacles (repas de famille, soirées, déplacements professionnels), et la construction d'un réseau de soutien.

Sans préparation, l'action repose sur la seule volonté face à un environnement hostile. Issue : prévisible.

Deuxième implication : la rechute n'est pas un échec

Dans le modèle de Prochaska, la rechute est une étape du parcours, pas sa fin. Les fumeurs qui arrêtent durablement ont en moyenne fait entre trois et sept tentatives. Les données sur le changement alimentaire pointent des ordres de grandeur comparables. La rechute n'invalide pas la démarche, elle la renseigne : qu'est-ce qui a déclenché l'écart ? Quelle alternative manquait ce jour-là ? Quel élément d'environnement n'était pas anticipé ?

Un cadre psychologique qui intègre la rechute protège de l'effet what-the-hell. Un cadre qui l'exclut la fabrique.


Sept principes pour tenir ses résolutions alimentaires sur la durée

1. Formuler en SMART, même si ça paraît scolaire

« Manger mieux » ne démarre rien. « Je ne bois pas d'alcool pendant les 31 jours de janvier, puis je réévalue à date fixe » démarre quelque chose. « Je ne mets plus de sucre dans mon café dès lundi, avec une alternative 1:1 déjà achetée » démarre quelque chose. Le scolaire, ici, est libérateur : il enlève de la charge mentale en rendant le critère de réussite évident.

2. Substituer, ne pas soustraire

Règle de base, documentée par Fogg, Clear, Duhigg, et avant eux par l'école comportementaliste. Toute habitude à modifier doit être remplacée par une habitude compatible qui conserve la récompense. Le cerveau coopère quand on remplace. Il se rebiffe quand on supprime.

3. Préparer l'environnement avant de se lancer

Un bol de fruits visible sur le plan de travail, les biscuits rangés dans un placard peu accessible, une alternative au sucre à portée du café, une eau pétillante au frais pour remplacer le soda du déjeuner. Les changements d'environnement font 80 % du travail. La volonté gère le reste.

4. Pratiquer le habit stacking

Le habit stacking, popularisé par BJ Fogg (Tiny Habits) et James Clear (Atomic Habits), consiste à greffer une nouvelle habitude sur une ancienne déjà automatisée. « Après avoir préparé mon café du matin, je bois un grand verre d'eau. » « Après avoir mis la table du dîner, je coupe un fruit pour le dessert. » La structure « après [X déjà automatique], je fais [Y nouveau] » utilise le circuit neuronal existant pour ancrer le nouveau comportement. Une étude publiée en 2025 dans le Journal of Applied Psychology a mesuré un taux de succès supérieur de 64 % par rapport aux habitudes créées isolément.

5. Utiliser les nudges plutôt que la volonté

Un nudge est une petite modification de l'environnement qui oriente le comportement sans le contraindre. Assiettes plus petites (portions ajustées sans y penser), fruits coupés prêts à manger (consommation multipliée par deux dans les études de terrain), alcool rangé hors de vue (consommation réduite en moyenne de 20 à 30 %). Les nudges ne vous demandent pas d'être plus fort, ils rendent le bon choix plus facile que le mauvais.

6. Construire une fenêtre bornée, pas un engagement à vie

Trente jours, quatre-vingt-dix jours, un trimestre. Les durées bornées fonctionnent parce qu'elles ont un horizon concret. « À vie » n'a pas d'horizon et ne se négocie avec aucun événement (anniversaire, vacances, fin d'année). Le Dry January marche pour cette raison ; le « je ne bois plus jamais » casse pour la même raison inversée.

Au terme de la fenêtre, on évalue, on consolide, on ajuste, on renouvelle si souhaité. La résolution devient un cycle, pas une condamnation.

7. Prévoir la rechute comme une variable, pas comme un échec

Écrire noir sur blanc son protocole de reprise, avant de commencer. « Si je craque ce soir-là, je reprends normalement au repas suivant, sans compenser. » « Si j'ai un week-end complet hors programme, je reprends lundi matin sans remonter à zéro. » Ce protocole neutralise l'effet what-the-hell. Il transforme l'écart ponctuel en donnée, pas en drame.


Janvier raté, et maintenant ?

Si vous lisez ceci à la mi-janvier et que votre résolution a déjà cédé, deux réponses possibles. La mauvaise : attendre le 1er janvier 2028. La bonne : reformuler aujourd'hui, avec ce que vous savez maintenant.

Les données sur le fresh start effect montrent qu'un lundi matin, un début de mois, ou même un retour de week-end peuvent faire office de redémarrage. Aucune date n'a de propriété magique ; ce qui compte, c'est la fenêtre de préparation qui la précède. Prendre 72 heures pour concevoir le dispositif (objectif SMART, substitution, environnement, plan de rechute) produit plus que dix résolutions prises à la volée.

Et pour ceux qui se demandent par où commencer concrètement, le programme de détox sucre sur 30 jours coche la plupart des cases d'une résolution qui tient : objectif mesurable, durée bornée, substitution intégrée, phases progressives. Les sept conseils pratiques pour réduire le sucre au quotidien donnent des entrées plus douces pour démarrer sans tout bouleverser. Pour un angle complémentaire sur le rapport au plaisir, voir manger mieux sans manger triste.


FAQ

Pourquoi 80 % des résolutions alimentaires échouent-elles en six semaines ?

Trois causes convergent : le syndrome du faux espoir (surestimation initiale de la vitesse et de la facilité du changement), la restriction cognitive qui déclenche un effet rebond biologique, et l'absence de phase de préparation (équipement, environnement, plan de rechute) avant l'entrée en action. Ajoutez à cela des objectifs vagues et une logique binaire « tout ou rien », et vous obtenez un dispositif conçu pour céder. La solution ne passe pas par davantage de volonté, elle passe par une meilleure architecture du changement.

Comment gérer une rechute sans tout abandonner ?

Appliquer le principe de Prochaska : la rechute est une étape du parcours, pas sa fin. Concrètement, reprendre au repas suivant sans compenser ni culpabiliser, noter ce qui a déclenché l'écart (stress, fatigue, contexte social, manque d'alternative disponible), ajuster une variable précise pour la fois suivante. Trois jours d'écart n'annulent pas trois semaines de progrès. Le danger n'est jamais l'écart ponctuel, c'est l'effet what-the-hell qui suit : « puisque j'ai cassé, autant tout lâcher ». Désamorcez cet automatisme et la rechute redevient une simple donnée.

Comment tenir une résolution alimentaire quand la vie sociale s'y oppose ?

Prévoir, ne pas résister. Avant une soirée ou un repas de famille, choisir à l'avance la posture : assumer sans culpabiliser (un repas ne détermine pas une tendance) ou préparer une alternative (dessert maison apporté avec un substitut, boisson sans alcool conviviale). L'expérience du Dry January montre qu'annoncer son choix à l'entourage augmente l'adhésion plutôt que l'inverse. Ce qui ne fonctionne pas : se faire violence pendant l'événement, refuser tout de façon rigide, et craquer en solo au retour à la maison. La souplesse assumée protège mieux que la rigidité.

J'ai raté janvier, est-ce qu'il faut attendre l'an prochain ?

Non. Le 1er janvier n'a aucune propriété magique ; les psychologues comportementaux décrivent un fresh start effect valable pour toute date qui symbolise une rupture — début de mois, rentrée de septembre, retour de vacances, anniversaire, lundi suivant. Ce qui compte, c'est la fenêtre de préparation qui précède le démarrage, pas la date en elle-même. Reformuler aujourd'hui avec un objectif SMART, une substitution identifiée et un plan de rechute produit davantage de résultats que de patienter douze mois pour refaire les mêmes erreurs.

Pourquoi Dry January fonctionne mieux que la plupart des résolutions ?

Le Dry January coche quatre cases rarement alignées dans une résolution classique : objectif binaire clair (zéro alcool, pas « moins »), durée bornée (31 jours), infrastructure communautaire (campagne publique, groupes, applications) et substitution intégrée (cocktails sans alcool, bières 0,0). L'étude JANOVER 2024 a montré que 58 % des participants buvaient encore moins huit mois après. La leçon dépasse l'alcool : une résolution alimentaire bien conçue copie cette structure — objectif net, durée bornée, soutien, substitution concrète.

Vaut-il mieux viser un objectif ambitieux ou un micro-changement ?

Les données convergent : le micro-changement tient mieux sur la durée, et s'agrège. La logique du tiny habits de BJ Fogg repose sur ce principe : un comportement scaled-back à moins de trente secondes, ancré à une habitude existante, franchit la barrière motivationnelle et se répète. À l'inverse, un objectif ambitieux non préparé active le faux espoir, brûle la motivation initiale en une à deux semaines, et s'effondre. L'idéal est d'empiler plusieurs micro-changements (un verre d'eau au réveil, un fruit au petit-déjeuner, une alternative au sucre dans le café) plutôt que de déclarer un grand programme global.


Glossaire

Restriction cognitive : ensemble des règles mentales qu'une personne s'impose pour contrôler son alimentation, indépendamment de ses signaux internes de faim et de satiété. Principal facteur identifié de l'effet yo-yo et des compulsions alimentaires. Notion centrale dans les travaux du G.R.O.S.

Effet what-the-hell : bascule cognitive décrite par Janet Polivy, qui conduit une personne sous restriction à perdre le contrôle de sa consommation après un premier écart perçu comme une rupture de règle (« puisque j'ai craqué, autant finir le paquet »). Classique de la dynamique restriction → compulsion.

Syndrome du faux espoir (false hope syndrome) : concept de Polivy et Herman désignant l'illusion cognitive qui accompagne la prise d'une résolution : surestimation de la vitesse, de la facilité, de l'amplitude du changement, et des bénéfices attendus. Le faux espoir produit un bénéfice psychologique immédiat qui encourage les reprises répétées malgré les échecs.

Objectifs SMART : acronyme désignant les caractéristiques d'un objectif opérationnel : Spécifique, Mesurable, Atteignable, Réaliste, Temporel. Standard en coaching comportemental et en thérapie cognitivo-comportementale, il transforme un vœu en plan d'action.

Modèle transthéorique : modèle du changement comportemental de James Prochaska et Carlo DiClemente (1983), décrivant le changement en six stades (précontemplation, contemplation, préparation, action, maintien, rechute non terminale). Standard de référence en santé publique, il intègre la rechute comme étape normale du parcours.

Nudge : intervention environnementale douce qui oriente un comportement sans le contraindre (assiette plus petite, fruits visibles, alcool rangé hors de vue). Concept popularisé par Richard Thaler et Cass Sunstein, repris en santé publique pour favoriser des choix alimentaires plus sains sans restriction imposée.

Habit stacking : technique de formation d'habitudes, conceptualisée par BJ Fogg (Tiny Habits) et popularisée par James Clear (Atomic Habits), consistant à greffer une nouvelle habitude sur une ancienne déjà automatisée, selon la formule « après [X habituel], je fais [Y nouveau] ». Tire parti des circuits neuronaux existants pour ancrer le nouveau comportement.

Fresh start effect : phénomène psychologique décrit par Hengchen Dai, Katherine Milkman et Jason Riis, selon lequel les dates perçues comme des points de rupture temporelle (début d'année, de mois, de semaine, anniversaire, rentrée) augmentent la propension à initier un changement comportemental. Aucune date n'est intrinsèquement magique ; c'est la charge symbolique qui agit.


Sources


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