Addiction au sucre : mythe ou réalité neurologique ?
Sommaire
- Addiction au sucre : de quoi parle-t-on vraiment ?
- Ce qui se passe dans votre cerveau quand vous mangez sucré
- L'étude qui a tout déclenché : le sucre plus attirant que la cocaïne ?
- La controverse scientifique : Westwater contre Avena
- Pourquoi on perd le contrôle : dopamine, habitude et émotions
- Les symptômes du sevrage du sucre
- Se libérer progressivement, sans culpabilité
- FAQ
- Glossaire
- Sources
Vous finissez le paquet de biscuits alors que vous n'aviez « plus faim ». Vous promettez d'arrêter dimanche soir, et dès le mardi, la barre chocolatée du distributeur semble hurler votre prénom. Vous vous dites que vous manquez de volonté. La neuroscience dit autre chose.
L'addiction au sucre est un terme débattu par la communauté scientifique. Concrètement, il désigne un ensemble de comportements alimentaires compulsifs envers les produits sucrés, associés à l'activation du circuit dopaminergique de la récompense — le même circuit qui s'active avec le tabac, l'alcool ou les jeux d'argent. Selon une étude de l'équipe de Serge Ahmed (CNRS Bordeaux, 2013), 94 % des rats placés devant un choix entre cocaïne intraveineuse et eau sucrée choisissent le sucre. Pour autant, l'« addiction au sucre » ne figure pas dans le DSM-5, le manuel de référence des troubles mentaux. Entre la réalité neurologique documentée et le terme médical contesté, il existe un espace qu'il vaut la peine de regarder de près — sans dramatisation, sans déni.
En bref. Le sucre active massivement le circuit de récompense du cerveau via la dopamine, exactement comme les drogues addictives. Les travaux de Nicole Avena (2008) et de Serge Ahmed (2013) ont documenté ce mécanisme chez l'animal. La controverse scientifique, portée notamment par la revue Westwater-Ziauddeen-Fletcher (2016), porte sur la pertinence du mot « addiction » chez l'humain : le comportement compulsif existe, mais il semble lié à l'accès intermittent et au contexte émotionnel, plus qu'à la molécule elle-même. Se libérer du sucre passe par une réduction progressive sur 3 à 6 semaines, pas par la volonté pure.
Addiction au sucre : de quoi parle-t-on vraiment ?
L'addiction, au sens médical strict, se caractérise par trois piliers : une perte de contrôle sur la consommation, une poursuite malgré des conséquences négatives, et un syndrome de sevrage à l'arrêt. Le DSM-5 (Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders, 5e édition), publié par l'Association américaine de psychiatrie, reconnaît les addictions aux substances (alcool, tabac, opioïdes, stimulants) et une seule addiction comportementale : le jeu pathologique.
L'« addiction à la nourriture » — et a fortiori au sucre — n'y figure pas. Pour combler ce vide diagnostique, les chercheurs Ashley Gearhardt et Kelly Brownell de l'Université Yale ont développé en 2009 la Yale Food Addiction Scale (YFAS), une échelle d'auto-évaluation qui applique les 11 critères du DSM-5 pour les troubles liés à l'usage de substances à la consommation d'aliments hyper-palatables. La version 2.0 validée en français en 2017 identifie environ 8 à 15 % de la population générale comme répondant aux critères d'une addiction alimentaire clinique.
Autrement dit : la science reconnaît un phénomène clinique réel, elle hésite encore sur le nom à lui donner. Et cette hésitation n'est pas un détail sémantique — elle conditionne la façon dont les patients se perçoivent, dont les médecins traitent, et dont l'industrie agro-alimentaire est (ou pas) mise en cause.
Ce qui se passe dans votre cerveau quand vous mangez sucré
Une double activation dopaminergique
Quand une gorgée de soda touche vos papilles, une cascade neurologique se déclenche en moins d'une seconde. Les récepteurs gustatifs T1R2/T1R3 situés sur la langue transmettent le signal au bulbe rachidien, qui le relaie vers l'aire tegmentale ventrale (ATV) et le noyau accumbens — les deux zones centrales du circuit mésocorticolimbique de la récompense. La dopamine, ce neurotransmetteur que Nicole Avena qualifie de « monnaie de notre système de récompense », est libérée dans la fente synaptique.
Deuxième temps, quelques minutes plus tard : le glucose absorbé dans le sang franchit la barrière hémato-encéphalique et atteint directement les neurones. Cette seconde vague prolonge l'activation dopaminergique sur plusieurs dizaines de minutes. Les travaux d'Alexandra DiFeliceantonio (Virginia Tech, 2018) ont même identifié un troisième capteur, intestinal cette fois, qui signale indépendamment la présence de sucre au cerveau. Trois voies, un seul message : encore.
Le noyau accumbens, ce petit centre qui décide pour vous
Le noyau accumbens ne se contente pas d'enregistrer le plaisir. Il encode la prédiction du plaisir futur. À force d'associer l'image d'un gâteau, l'odeur d'une viennoiserie ou le bruit d'un paquet de bonbons à la récompense, votre cerveau libère de la dopamine avant même la première bouchée. C'est le mécanisme de la compulsion : vous passez devant la boulangerie, votre accumbens tire la sonnette, et la décision rationnelle arrive après coup — trop tard.
| Zone cérébrale | Fonction | Rôle dans la compulsion sucrée |
|---|---|---|
| Aire tegmentale ventrale (ATV) | Production de dopamine | Libère la dopamine à la détection du sucre |
| Noyau accumbens | Centre de la récompense | Encode le plaisir et anticipe la récompense |
| Striatum dorsal | Automatisation des habitudes | Transforme le geste conscient en réflexe |
| Cortex préfrontal | Contrôle inhibiteur | Dit « stop » — mais s'épuise avec la fatigue et le stress |
| Amygdale | Mémoire émotionnelle | Associe le sucre à un réconfort émotionnel |
La descente dopaminergique, ou le creux qui appelle la rechute
Environ 30 à 60 minutes après un pic glycémique, l'insuline massivement libérée fait chuter la glycémie, souvent en-dessous du niveau de départ : c'est l'hypoglycémie réactionnelle. Parallèlement, les niveaux de dopamine redescendent sous la ligne de base. Le cerveau, habitué au pic, perçoit cette normalité comme un manque. Il réclame une nouvelle dose. Ce n'est pas de la gourmandise, c'est de la chimie.
Pour comprendre comment la stabilité glycémique influence directement cette cascade, nous détaillons le sujet dans notre guide sur l'indice glycémique.
L'étude qui a tout déclenché : le sucre plus attirant que la cocaïne ?
En 2007, Magalie Lenoir et Serge Ahmed, neurobiologistes à l'Institut des maladies neurodégénératives du CNRS à Bordeaux, publient dans PLoS One une expérience qui va secouer la communauté scientifique. Des rats préalablement rendus dépendants à la cocaïne intraveineuse sont placés face à un choix simple : cocaïne ou eau sucrée à la saccharine. Résultat :
« Plus de 94 % des rats ont choisi l'eau sucrée, y compris lorsque la dose de cocaïne était augmentée. La préférence pour le sucre résiste même à l'introduction de coûts, comme des chocs électriques. » — Magalie Lenoir, Fuschia Serre, Lauriane Cantin, Serge H. Ahmed, Intense Sweetness Surpasses Cocaine Reward, PLoS One, 2007.
Répétée avec l'héroïne, avec du sucre réel plutôt que de la saccharine, avec des rats naïfs plutôt qu'accoutumés, l'expérience donne systématiquement le même verdict. Serge Ahmed résume : « On peut être aussi dépendant au sucre qu'à une drogue. »
Cette étude ne dit pas que le sucre est « pire » que la cocaïne pour la santé — cette extrapolation médiatique a fait beaucoup de dégâts. Elle dit que le système de récompense mammifère, façonné par des millions d'années d'évolution, valorise les signaux de calories denses au-dessus de presque tout le reste. Dans un environnement où les aliments sucrés étaient rares (fruits mûrs, miel), ce câblage était un avantage de survie. Dans un supermarché de 2026, c'est un piège.
La controverse scientifique : Westwater contre Avena
La science n'est pas une opinion unifiée. En 2016, trois chercheurs de Cambridge — Margaret Westwater, Paul Fletcher et Hisham Ziauddeen — publient dans l'European Journal of Nutrition une revue systématique intitulée « Sugar addiction: the state of the science ». Leur conclusion fait l'effet d'une douche froide sur le camp pro-addiction.
Le cœur de l'argument Westwater
Les auteurs réexaminent les données animales de Nicole Avena (Princeton, 2008), qui avaient montré que des rats soumis à un accès intermittent à une solution sucrée développaient des comportements de bingeing (consommation excessive), de sevrage (tremblements, anxiété) et de sensibilisation croisée aux amphétamines. Westwater et ses co-auteurs notent un point crucial : ces comportements ne surviennent que dans un protocole d'accès intermittent et restreint. Lorsque les rats ont un accès libre et continu au sucre, aucun comportement addictif n'apparaît.
Leur conclusion : « Les comportements de type addictif observés semblent émerger de l'accès intermittent à des aliments sucrés hautement palatables, et non des effets neurochimiques du sucre lui-même. » Autrement dit, ce qui est addictif, c'est la privation suivie de la disponibilité, pas la molécule.
Ce que cette controverse change pour vous
La distinction est loin d'être académique. Si l'« addiction au sucre » est avant tout un comportement conditionné par le contexte (restriction, stress, disponibilité, indices visuels omniprésents), alors la solution n'est pas l'abstinence totale — qui maintient le pattern restriction/accès — mais une relation apaisée, régulière, sans interdit catégorique.
Cette perspective rejoint les approches contemporaines de pleine conscience alimentaire et contredit frontalement les régimes « no sugar » radicaux, qui produisent souvent l'effet rebond qu'ils prétendent combattre.
💡 Ce que la science établit avec certitude : le sucre active le circuit de récompense de manière intense, documentée, reproductible. Ce qu'elle n'établit pas : que cette activation constitue une addiction au sens clinique stricto sensu, indépendante du contexte comportemental.
Pourquoi on perd le contrôle : dopamine, habitude et émotions
La descente hédonique
Le cerveau sain fonctionne avec une activité dopaminergique de base, un tonus. Les pics sont rares et signalent des événements importants. Une exposition répétée à des stimuli dopaminergiques puissants (sucre, alcool, notifications, pornographie) rabote progressivement la sensibilité des récepteurs D2. Les plaisirs simples — une promenade, une conversation, un fruit frais — cessent de produire le même signal. Il faut monter la dose pour retrouver la sensation de base.
Ce phénomène, appelé tolérance hédonique, est documenté dans le syndrome de déficit en récompense décrit par Kenneth Blum. Il explique pourquoi, après six mois de consommation quotidienne de pâtisseries industrielles, une pomme paraît insipide.
Le striatum dorsal : quand le geste devient un réflexe
Après quelques semaines de répétition, l'acte de tendre la main vers le placard à biscuits migre du cortex préfrontal (décision consciente) vers le striatum dorsal (automatisme). Le geste devient aussi réflexe que d'attraper son téléphone en s'asseyant. Vous ne le décidez plus, vous le faites. C'est pour cela que la volonté seule échoue : elle s'attaque à la partie décisionnelle d'un comportement qui a quitté cette zone.
L'émotion, carburant oublié de la compulsion
Une étude publiée en 2019 dans Neuroscience & Biobehavioral Reviews par Tryon et ses co-auteurs a montré que le cortisol élevé — hormone du stress chronique — augmente de manière significative la préférence pour les aliments gras et sucrés. Le sucre agit alors comme un anxiolytique à courte durée d'action : il calme le signal du stress, avant de le renforcer quelques heures plus tard via l'hypoglycémie réactionnelle. La boucle s'autoentretient.
On ne mange pas du sucre pour la faim. On en mange pour la fatigue, l'ennui, la tristesse, la tension. Le reconnaître, c'est déjà enlever 40 % du pouvoir du piège.
Les symptômes du sevrage du sucre
Lorsque vous réduisez drastiquement les sucres ajoutés, votre cerveau met quelques jours à se réajuster. Les études cliniques et les retours terrain convergent sur une chronologie assez stable.
| Phase | Durée | Symptômes les plus rapportés |
|---|---|---|
| Jours 1-3 | Aigu | Maux de tête, irritabilité, fatigue intense, fringales fortes |
| Jours 4-7 | Transition | Brouillard mental, humeur fluctuante, troubles du sommeil |
| Semaines 2-3 | Rééquilibrage | Diminution progressive des envies, retour de l'énergie stable |
| Semaine 4+ | Nouvelle base | Papilles recalibrées, plaisirs naturels rehaussés |
Ces symptômes, loin d'être « dans la tête », traduisent une réalité neurochimique : chute brutale de la dopamine stimulée, réajustement des récepteurs D2, adaptation de la flore intestinale qui s'était habituée au substrat sucré. La Ligue cardiologique belge, dans son programme « Un mois sans sucre », rapporte que 78 % des participants décrivent les jours 3 à 5 comme le point le plus difficile — puis un allègement net à partir du jour 8.
⚠️ Important : ces symptômes ne sont pas dangereux chez une personne en bonne santé. Ils le deviennent chez les diabétiques sous insuline, les personnes souffrant de troubles du comportement alimentaire, ou en cas d'antécédent d'hypoglycémie sévère. Dans ces cas, toute modification alimentaire importante doit se faire avec un professionnel de santé.
Se libérer progressivement, sans culpabilité
Pourquoi l'abstinence totale échoue chez la plupart
Les études sur les régimes restrictifs — notamment le suivi à 5 ans des participants de The Biggest Loser par Kevin Hall (NIH, 2016) — sont sans équivoque : plus la restriction est radicale, plus le rebond pondéral et compulsif est massif. Pour le sucre, la logique est identique. Se dire « plus jamais de sucre » active le schéma cognitif de l'interdit, qui renforce le désir (effet de l'ours blanc de Wegner). La science comportementale contemporaine recommande une approche radicalement différente : remplacer, pas interdire.
La méthode progressive en 6 semaines
Semaine 1 — L'audit lucide. Noter pendant 7 jours tout ce qui contient du sucre ajouté. Pas pour culpabiliser : pour voir. La plupart des gens découvrent qu'ils ingèrent 80 à 120 g de sucres libres par jour, contre 25 g recommandés par l'OMS pour une santé optimale.
Semaine 2 — Le petit-déjeuner. Remplacer les céréales industrielles, viennoiseries et tartines de confiture par une base protéines-fibres-lipides (œufs, yaourt nature, fruits frais, oléagineux). Ce seul changement casse le pic glycémique matinal qui conditionne les fringales de la journée.
Semaine 3 — Les boissons. Sodas, jus industriels, boissons aromatisées : remplacer par eau pétillante, tisanes, café non sucré. Une canette de 33 cl de soda contient 35 g de sucres — soit déjà plus que la dose journalière recommandée.
Semaine 4 — Les sauces cachées. Ketchup, sauces vinaigrettes industrielles, plats cuisinés, pains de mie, charcuteries. Lire les étiquettes. Tout ce qui termine en « -ose » est un sucre : saccharose, fructose, dextrose, glucose, maltose, sirop de glucose-fructose.
Semaine 5 — Les desserts. Pas les supprimer : les réinventer. Pâtisseries maison avec substituts de sucre à index glycémique nul, fruits rôtis, chocolat noir à 85 %. Nos recettes de desserts gourmands et sains reposent exactement sur ce principe : préserver le plaisir, retirer l'impact métabolique.
Semaine 6 — L'équilibre durable. Autoriser le sucre occasionnel conscient (un vrai dessert au restaurant, une part de gâteau d'anniversaire) sans entrer dans la spirale « tant pis, j'ai craqué, j'arrête demain ». Le sucre redevient un plaisir choisi, pas un réflexe subi.
Le rôle des substituts intelligents
Un substitut à index glycémique nul n'est pas une solution miracle, mais un levier. Il permet de conserver la dimension plaisir du sucré pendant la phase de rééducation des papilles, sans alimenter le pic glycémique ni la cascade dopaminergique déstabilisée. L'érythritol, validé par l'EFSA en 2023 et dont nous détaillons le profil dans notre dossier scientifique sur l'érythritol, combiné au polydextrose (fibre prébiotique), offre précisément ce compromis.
✅ À faire : remplacer progressivement, garder le plaisir, boire de l'eau, dormir (le manque de sommeil augmente de 45 % les envies sucrées selon une étude de l'Université de Chicago, 2016).
❌ À éviter : les régimes « sans sucre » de 30 jours en mode interdit absolu, les pesées quotidiennes, la culpabilité après un écart.
FAQ
L'addiction au sucre existe-t-elle vraiment ?
Neurologiquement, le sucre active le circuit de récompense dopaminergique de façon documentée, similaire à celle observée avec les substances addictives. Cliniquement, le terme « addiction au sucre » n'est pas reconnu par le DSM-5. Les comportements compulsifs envers les produits sucrés existent bien et affectent 8 à 15 % de la population selon la Yale Food Addiction Scale, mais la communauté scientifique débat encore sur le fait qu'il s'agisse d'une addiction au sens strict ou d'un trouble du comportement alimentaire lié au contexte.
Combien de temps dure le sevrage du sucre ?
La phase aiguë dure 3 à 7 jours, avec un pic d'inconfort entre le 3e et le 5e jour. Le rééquilibrage complet prend 3 à 4 semaines. Au-delà, les récepteurs dopaminergiques retrouvent leur sensibilité de base et les fringales deviennent occasionnelles plutôt que quotidiennes.
Le sucre est-il vraiment « pire que la cocaïne » ?
Non. Cette formule médiatique déforme l'étude de Lenoir et Ahmed (2007). L'expérience montre que des rats préfèrent l'eau sucrée à la cocaïne lorsqu'on leur laisse le choix — ce qui parle du câblage évolutif du circuit de récompense, pas de la dangerosité toxique du sucre. La cocaïne reste une drogue dure aux conséquences neurologiques et cardiaques incomparablement plus graves.
Pourquoi ai-je toujours envie de sucre après un repas ?
Plusieurs facteurs se cumulent : un déjeuner riche en glucides rapides déclenche un pic glycémique suivi d'une hypoglycémie réactionnelle qui appelle un nouveau pic. Un repas pauvre en protéines et en lipides ne satisfait pas pleinement les signaux de satiété. L'habitude apprise du « dessert sucré » active le striatum dorsal indépendamment de la faim. Enfin, le stress ou la fatigue amplifient l'appel dopaminergique.
Les édulcorants aident-ils ou aggravent-ils la dépendance au sucre ?
Les données sont nuancées. Les édulcorants intenses (aspartame, sucralose) peuvent entretenir le goût du sucré sans rompre la boucle dopaminergique complète, puisque le capteur lingual s'active sans le renforcement glucidique. Les polyols comme l'érythritol, à index glycémique nul, semblent offrir un meilleur compromis en phase de transition, surtout associés à des fibres qui stabilisent la glycémie. Le principe reste : les utiliser comme pont, pas comme béquille définitive.
Peut-on manger du sucre avec modération ou faut-il l'arrêter totalement ?
Pour la grande majorité des gens, la modération est la stratégie la plus tenable sur le long terme. L'OMS recommande de limiter les sucres libres à 10 % de l'apport énergétique, idéalement 5 % (soit environ 25 g/jour pour un adulte). Pour les personnes ayant des critères de dépendance alimentaire élevés sur la YFAS, une approche d'abstinence encadrée par un professionnel peut être plus adaptée, comme pour d'autres conduites addictives.
Glossaire
Aire tegmentale ventrale (ATV) : région du mésencéphale qui produit la dopamine et initie le circuit de récompense.
Addiction comportementale : dépendance à un comportement (jeu, achats, nourriture) impliquant les mêmes circuits neurologiques que les addictions aux substances.
Bingeing : épisode de consommation excessive et rapide d'un aliment, souvent au-delà du rassasiement, avec sentiment de perte de contrôle.
Circuit mésocorticolimbique : réseau neuronal reliant l'aire tegmentale ventrale, le noyau accumbens, l'amygdale et le cortex préfrontal. Cœur du système de récompense.
Compulsion : comportement répétitif difficilement contrôlable, déclenché par une tension interne et soulagé par l'acte, lui-même suivi de culpabilité.
Dopamine : neurotransmetteur central du système de récompense, impliqué dans la motivation, l'anticipation du plaisir et l'apprentissage par renforcement.
DSM-5 : Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders, 5e édition (2013), classification de référence des troubles mentaux publiée par l'American Psychiatric Association.
Hypoglycémie réactionnelle : chute de la glycémie en-dessous de la normale survenant 1 à 3 heures après un repas riche en sucres rapides, provoquant fatigue, irritabilité et fringales.
Index glycémique (IG) : mesure de la vitesse à laquelle un aliment élève la glycémie. Un IG élevé (≥70) favorise les pics dopaminergiques et les hypoglycémies réactionnelles.
Noyau accumbens : structure sous-corticale clé du circuit de récompense, qui encode le plaisir et anticipe les récompenses futures.
Récepteurs D2 : type de récepteurs dopaminergiques dont la densité diminue en cas d'exposition chronique à des stimuli récompensants, fondement de la tolérance hédonique.
Sensibilisation croisée : phénomène par lequel l'exposition à une substance augmente la réactivité du cerveau à une autre (ex. : rats accoutumés au sucre plus réactifs aux amphétamines).
Sevrage : ensemble des symptômes physiques et psychiques qui surviennent à l'arrêt d'une consommation répétée, traduisant la réadaptation neurochimique du cerveau.
Striatum dorsal : zone cérébrale qui automatise les comportements répétés, transformant une action consciente en habitude réflexe.
Tolérance hédonique : diminution progressive de la réponse plaisante à un stimulus répété, nécessitant une dose plus élevée pour obtenir le même effet.
Yale Food Addiction Scale (YFAS) : échelle d'auto-évaluation développée à l'Université Yale, appliquant les critères DSM-5 des troubles liés à l'usage de substances à la consommation d'aliments hyper-palatables.
Sources
Lenoir M., Serre F., Cantin L., Ahmed S.H., Intense Sweetness Surpasses Cocaine Reward, PLoS One, 2007. https://journals.plos.org/plosone/article?id=10.1371/journal.pone.0000698
Avena N.M., Rada P., Hoebel B.G., Evidence for sugar addiction: Behavioral and neurochemical effects of intermittent, excessive sugar intake, Neuroscience & Biobehavioral Reviews, 2008. https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/17617461/
Westwater M.L., Fletcher P.C., Ziauddeen H., Sugar addiction: the state of the science, European Journal of Nutrition, 2016. https://pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC5174153/
DiFeliceantonio A.G. et al., Supra-Additive Effects of Combining Fat and Carbohydrate on Food Reward, Cell Metabolism, 2018. https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/29909968/
Brunault P. et al., Validation of the French Version of the DSM-5 Yale Food Addiction Scale in a Nonclinical Sample, Canadian Journal of Psychiatry, 2017. https://pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC5317020/
Inserm, Addiction au sucre : une réalité plutôt nuancée, Science & Santé n° 25, 2015. https://ipubli.inserm.fr/bitstream/handle/10608/9422/2015_25_40.pdf
Qin Y. et al., Sugar Addiction: Neural Mechanisms and Health Implications, Brain and Behavior, 2025. https://onlinelibrary.wiley.com/doi/abs/10.1002/brb3.70338
ANSES, Actualisation des repères du PNNS : révision des repères relatifs aux apports en sucres, Rapport d'expertise collective, 2016. https://www.anses.fr/fr/content/sucres-dans-l-alimentation
Organisation mondiale de la Santé, Guideline: Sugars intake for adults and children, 2015. https://www.who.int/publications/i/item/9789241549028
Santé publique France, Sucres dans l'alimentation, fiche thématique, mise à jour 2024. https://www.sante.fr/sucres-dans-lalimentation
Ahmed S.H., interview « On peut être aussi dépendant au sucre qu'à une drogue », LaNutrition.fr. https://www.lanutrition.fr/serge-ahmed-on-peut-etre-aussi-dependant-au-sucre-qua-une-drogue
L'addiction au sucre n'est ni une fatalité neurologique ni un simple manque de volonté. C'est une interaction documentée entre un circuit de récompense vieux de millions d'années et un environnement alimentaire saturé depuis quarante ans. La bonne nouvelle : ce même cerveau est plastique. Les récepteurs se recalibrent, les habitudes se défont, les plaisirs simples retrouvent leur intensité. Trois à six semaines suffisent pour que la pomme redevienne sucrée.
Je découvre Süvy — le goût du sucre, sans le sucre. Pour celles et ceux qui veulent desserrer l'étau du sucre sans renoncer au plaisir, Süvy associe l'érythritol issu de fermentation naturelle et le polydextrose, une fibre prébiotique. Index glycémique 2, 48 kcal/100 g, Nutri-Score A. Un pont gourmand vers une relation apaisée au sucré.